Désolé pour ce tag… Mais j’ai un problème avec la propriété.

Première chronique de l’année. J’ai pas dit tout ce que j’avais à en dire, mais je remerci ici les tumblr Graffitivre et La rue ou rien qui m’inspire tout les jours, ainsi que l’excellent livre « Tiens ils ont repeint » aux éditions La découverte à qui j’ai tout piqué ^^

Je marche dans la rue, à la bourre, comme à mon habitude. Je marche dans la rue, je suis même pas bourré, contrairement à mon habitude. Je marche vers le Breughel pour faire une émission de radio et je marche en tergiversant sur le sujet de ma chronique pas encore écrite. Je vais me faire démonter par le chef, si je ponds pas quelque chose dans les vingt-cinq minutes de marche que je m’accorde.

De quoi je vais bien pouvoir causer ? Et comment est ce que je vais pouvoir être drôle ? C’est pas ma faute si je suis pas drôle, c’est le monde qui a commencé d’abord. Et puis là, en passant devant un lycée, j’ai vu inscrit à la bombe : « Ils écrivent dans nos têtes, alors on écrit sur leur murs ». Ca m’a fait sourire. J’aime bien ça, ces aphorismes urbains, gravé d’un trait rageur, poétique ou absurde.  Oui je les aime bien les ceusses qui n’ont pas attendu Facebook pour écrire sur un mur. Les ceusses dont même les mots sont à la rue. Les ceusses qui écrivent sur les murs parce qu’ils sont sans papiers. Les ceusses qui pieusement viennent inscrire leur message en s’agenouillant comme dans une prière où ils diraient : je vous salis ma rue

Alors je me suis dit pourquoi pas, c’est un sujet de chronique comme un autre : les tags. Tiens pour parler de la liberté d’expression. Après tout on va fêter les 50 ans de mai 68 cette année et ce week-end, y a eu des commémorations pour les attentats de Charlie Hebdo. Y a quelque chose d’un peu ridicule, vaguement marrant dans cet hommage : Manuel Valls, en tête de gondole de la manif, pour causer liberté d’expression, c’est plutôt drôle. Lui qui sous couvert de laïcité venait sans doute prévenir la France du danger grandissant d’un islamisme féroce. C’est le fameux paradoxe : Les hommes naissent libres et égaux en droits, mais certains plus que d’autres.

Je marche dans la rue toujours à la bourre et je me rappelle qu’à l’époque, la mairie de Toulouse avait utilisé les panneaux JCDecaux pour mettre de grande affiche « Je suis Charlie ». Alors qu’ils avaient censuré une expo sur le harcèlement de rue deux mois avant. J’avais ri ce jour là parce qu’une main invisible avait taggué sur ces dit panneaux : « Tu t’es vu sans Cabu ».

J’aime bien, j’aime bien ses euphorismes anonymes qui foutent un peu la pagaille dans le paysage de la ville. C’est vrai, on est tellement agressé par les pubs partout tout le temps qu’on en arrive à baisser la tête pour les éviter. Mais bien entendu, ils ne se sont pas laisser faire. On courbe l’échine sous les injonctions consuméristes pour ne pas les voir, pas de problème. Y a qu’à autoriser la pub sur les trottoirs. C’est déjà en cours dans trois villes de France : Bordeaux, Nantes et Lyon. Bien sur ça a râlé, alors Edouard Philipe a suspendu l’idée pour le moment. Pour le moment seulement. A Nantes et à Bordeaux. Pas à Lyon. Etrange. C’était qui le maire de Lyon déjà ? Ah oui. Gérard Collomb. Qui a usé de sa liberté d’expression pour dire qu’il en avait marre de passer pour le facho de service. Il faudrait qu’on le plaigne, le pauvre mal-aimé parce qu’il fait seulement ce qui est bon pour la France. Ça expulse des migrants à tour de bras, ça laisse des gens dans la merde, ça va même jusqu’à leur refuser les conditions élémentaires de survie en déchirant leurs tente ou en  leur refusant l’accès à un point d’eau. Et ça se plaint de passer pour le facho de service. Pauvre Gérard.

La liberté d’expression, pour le moment dans la rue je la vois surtout pour les entreprises. Un peu moins pour les citoyens tout de même. La ville entière, nos moindres déplacements, l’espace public en général, sont des occasions pour nous lobotomiser, rarement pour nous permettre de nous exprimer à haute voix. L’horreur est humaine, et l’erreur est urbaine.

Tiens cette fameuse liberté d’expression même quand elle s’exprime virtuellement, la classe politique devient méfiante. Balance ton porc.. Me too… C’est du lynchage, c’est degueulasse à ce qu’il parait. Même Catherine Deneuve est d’accord. Mais la pub partout tout le temps sur internet, pas de souci. Au point que des bloqueurs de publicité ont compris qu’ils avaient intérêt à laisser passer certaines pubs. Contre paiement bien entendu.

Bref, ces traits d’esprit, un peu sauvage, ces fissures, ces cicatrices syntaxiques dans ma rue, ça me plait. Je marche dans ma rue, maintenant la tête un peu plus haute et toujours à la bourre.  Mon regard cherche ces sentences parfois pleine de bon sens.

Petit florilège :

Ici : Paradis pour les uns, Pas un radis pour les autres

Ou là : Si au moins j’avais le nom de mon rêve pour pouvoir poser des fleurs sur sa tombe.

Ou encore : J’ai AIIIIIIIM, j’ai déjà mangé mon F

Unitaire de tout les pays, proletez-vous

A cause de l’indifférence générale demain est annulé.

N dieudonné, ni maitre gimm’s

Bref, je pourrais y passer la nuit. J’accélère le pas, faut que j’arrive au Breughel pour faire ma chronique.  Je me prends à rêver une histoire, en croisant quand même cet autre là : « Juan : tu me dois un lever de soleil. »

Peut être que c’est vrai que Pink’s not dead, et que avec tout ça je peux voir ma ville en rose. Alors hésitez plus, n’attendez pas qu’on vous donne la parole pour la prendre.

J’entre au Breughel un peu moins déprimé, en me disant qu’en sortant de l’émission, je choisirais un beau mur blanc pour inscrire : Bonne année. Et meilleur vœux à la brigade anti tag.

 

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